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Histoire de la peinture algérienne : les artistes dans la guerre de libération nationale 1955 – 1965 par Fadila Yahou

Doctorante en Histoire de l’art contemporain au Laboratoire d’Histoire sociale et culturelle de l’art (HICSA) à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, Fadila Yahou explore « La guerre d’Algérie, de son internationalisation à son inscription dans l’Histoire de l’art 1955 -1965 » Sous la direction du Professeur Philippe Dagen. En voici un extrait.

L’acte artistique, un acte de résistance par essence ?

En 1949, M’Hamed Issiakhem (1928 – 1985) expose pour la première fois. A cette occasion, le public découvre une série de gravures et un autoportrait. Cet autoportrait, centré, sobre, où il se choisit comme sujet et modèle, loin d’être anodin, se présente comme un véritable manifeste, apparaissant à la fois comme un acte artistique et politique. Issiakhem est alors étudiant à l’Ecole des Beaux-Arts d’Alger depuis un an, lui et Mesli Choukri (1931 – 2017), sont les seuls « indigènes » de leur promotion.

Cet autoportrait d’Issiakhem s’érige dès lors comme une affirmation de soi, un acte fondateur d’être et de devenir pour le peintre, dans une société encore sous joug colonial. Il revendique son identité et son statut de peintre, convoquant ainsi toute une tradition picturale de l’autoportrait, genre noble par excellence. Il démontre de surcroît déjà son style et son intérêt pour l’aspect psychologique de la peinture.

Au delà de l’acte artistique et politique du peintre, cet autoportrait demeure emblématique du statut des artistes Algériens dans une société colonisée et en voie d’indépendance. Elle est aussi symptomatique des questionnements qui ont animés les artistes Algériens ; comment créer une œuvre, par essence libre, dans une société sous joug coloniale ? Comment re-définir le rapport au leg artistique occidental ? Comment se dégager de l’orientalisme en vogue en Algérie ?

Alors qu’une première génération d’artistes n’a d’autres choix que de composer avec les institutions coloniales, ces problématiques deviennent de plus en plus d’actualité pour une génération d’artistes émergente durant la guerre d’Indépendance.

La dernière génération d’artistes nés sous la colonisation

Agés de vingt ans environ, toute une génération d’artistes émerge durant ou peu avant le début de la guerre d’Indépendance ; Issiakhem (1928), Bouzid (1929), Khadda (1930), Louail (1930), Benanteur (1931), Mesli (1931), Baya (1931), Sintès (1933), Bel Bahar (1934) et Aksouh (1934) ont tous en commun d’être nés dans les années 1930, alors que le pouvoir colonial est à son apogée et célèbre, entre autre par des manifestations artistiques, le centenaire de la colonisation.

Au même moment, ce dernier décide d’ériger la construction des Musées des Beaux-Arts d’Oran, d’Alger et de Constantine. Mais les artistes font vite les frais du système colonial, étant assigné à une « section indigène » tandis quebeaucoup d’autres se forment en autodidactes.

Les premiers à accéder à l’école des Beaux-Arts d’Alger sont Issiakhem et Mesli, en 1948, et plus tard aux Beaux-Arts de Paris, seuls étudiants algériens de leur promotion. Ils se retrouvent ainsi propulsés au cœur des débats socio-politiques et artistiques de l’époque.

La rencontre entre deux générations d’artistes constitutive de la naissance d’un art moderne algérien

En effet, l’art moderne algérien s’est édifié à travers la pratique artistique d’une génération d’artistes, non seulement au cœur de la Révolution algérienne mais aussi tributaire de tout un héritage artistique allant, entre autres, d’Omar Racim (1884 – 1959) et Mohamed Racim (1896 – 1975), Mammeri (1890 – 1954), en passant par Benaboura (1898 – 1960), Atlan (1913 – 1960), Guermaz (1919 – 1996) ou encore Yelles (1921 -), qui pour beaucoup meurent durant la guerre d’Indépendance.

Cette dernière a constitué une rupture fondamentale ; il s’agissait de se réapproprier son patrimoine artistique tout en s’inscrivant dans la modernité, graal occidental. Loin des représentations orientalistes, les artistes Algériens ont dégagé des stratégies divergentes pour s’en écarter, affirmant en même temps une esthétique moderne capable de s’inscrire dans des canons plus universalistes.

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Auteur : Fadila Yahou

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