Accueil / Théâtre / Festival International du Théâtre de Béjaïa : « Paroles de femmes »

Festival International du Théâtre de Béjaïa : « Paroles de femmes »

Dédiée au défunt chanteur et compositeur Djamal Allam, le Festival International du Théâtre de Béjaïa (FITB), qui s’est déroulé cette année du 14 au 22 octobre, a été une édition particulière dédiée aussi à la femme.

Sur un ensemble de huit spectacles composant son programme, plus de la moitié a été dédiée à la thématique du festival. D’où le générique « Paroles de femmes ».

A l’inauguration de cette manifestation où plusieurs pays étaient à l’affiche (Suisse, Italie, France, Irlande, Congo, Tunisie et Egypte), la cérémonie a été animée par une troupe féminine de musique folklorique, à savoir Tarwa Uzekka (les enfants de demain) de la ville d’Akbou, dirigée par Noura Hamoudi. Cette troupe a distillé au public des sonorités puisées dans le patrimoine kabyle, le plongeant dans les achouik (complaintes poétiques) et airs de la célèbre chanteuse Hnifa.

Le choix de consacrer un festival à la femme s’explique, évoque Slimane Benaissa, commissaire du festival, par le fait de vouloir « valoriser et promouvoir le talent féminin et mettre à contribution le théâtre pour dire la condition féminine et les émotions qu’elle cache ».

Le genre des pièces sélectionnées ont varié entre satire, drame et comédie. pour les organisateurs, « chacune des œuvres proposées entend lever le voile, sur des émotions, des visions de l’existence et des destins féminins qui ne sont pas forcément de même nature. Elles  traduisent pour autant des douleurs, des ressentis, des silences, rêves et des espérances identiques. Des histoires intemporelles partagées sous toutes les latitudes qui résonnent à chaque fois comme un appel d’air humain pour plus de justice, d’équité et d’équilibre sociétal. »

Autrement dit, « les pièces choisies n’interrogent pas sur la condition féminine, mais rendent la parole à celles qui en sont victimes pour dire des choses qui sont tues en choisissant pour le faire la voie de la dérision et de l’humour, voire du fatalisme. »

A l’affiche de nombreuses pièces dont entre autres « Les Trois Veuves », « une tragédie gémissante de souffrances », selon la critique.

Présentant la Tunisie, la pièce de l’Argentin Ariel Dorfman, est adaptée et mise en scène par Wafaa Taboubi. Celle qui retentit à la fois comme « un cri de  détresse humain », raconte l’histoire, le drame de trois femmes : la première a perdu un époux, la seconde un frère et la troisième un père. Si les deux dernières ne sont pas, comme la première, veuves, il se trouve que toutes les trois partagent la même douleur de la perte d’un être cher ; une perte encore atrocement douloureuse et douloureusement vécue du fait qu’elles n’en n’ont pas fait le deuil. Et pour cause : elles n’ont pas pu récupérer le corps de l’être aimé.     

La pièce met en scène des femmes qui certes pleurent leurs disparus, mais qui, unies dans la détresse, résistent aux violences et à l’injustice. « Les trois veuves » se veut « une histoire de partage de la douleur féminine qui aboutit à l’unité pour la construction consciente et solidaire d’une nation contre la tyrannie et l’injustice. »

D’ailleurs, Wafaa Taboubi appelle, à travers la pièce, à « un sursaut patriotique salvateur, notamment de la part de ses pairs féminines pour un rôle plus prégnant dans la société ».

« Le petit boucher » est une autre pièce qui met en scène une femme en détresse. Ecrite par Stanislas Cotton et mise en scène par Agnès Renaud, la pièce se déploie sur fond de souffrance des femmes violées. C’est l’histoire de Félicité, une jeune femme mise enceinte par un boucher. Elle veut, coûte que coûte, se débarrasser de cet enfant qui est en elle car elle se sent coupable. La société la culpabilise, la tient pour responsable de son malheur. Elle se sent rejeter et se rejette elle même. Mais finalement, Félicité finit par décider de garder l’enfant qu’elle porte et vivre pour lui.

L’Algérie a présenté « Splendides exilées » de l’écrivain, dramaturge et journaliste Arezki Metref. La pièce est construite sur « des fragments d’histoires de plusieurs femmes tout aussi tourmentées qu’étouffées par leurs sorts ». A chacune son destin, ses déchirures et ses angoisses. C’est Tassa, une ethnopsychiatre, qui raconte l’histoire de ses patientes. Tassa, elle aussi, a une vie de tourments. Et dans ses insomnies, elle retrouve chacune d’elle comme une présence fantomatique. Toutes ces femmes sont des exilées, des déracinées, chacune à sa manière. Et dans cet exil, ces dernières souffrent et vivent une déchirure, un moment de folie. Parce qu’ incomprises, culpabilisées, rejetées…

Dans « Histoire irlandaise » de Kelly Rivière, (il s’agit ici d’un récit autobiographique remanié en autofiction)  une pièce montée par Grégoire Faucheux et Anne Vaglio, Kelly Ruisseau se met en quête de son grand-père qui a quitté l’Irlande pour Londres où il a disparu. C’est une quête désespérée à laquelle cette dernière se livre. A travers cette incessante et obsessionnelle quête , Kelly Ruisseau raconte l’histoire de l’émigration irlandaise.

« Désacralisées lucides… très lucides » est une autre  pièce italienne cette fois présentée par deux femmes à l’humour décapant. La pièce s’emploie comme « un voyage en paroles et en musique à travers les secrets, les vérités et les bizarreries de deux femmes qui revisitent les clichés, les préjugés et la politique d’un pays plein de contradiction ». La pièce raconte aussi « les aventures et les étrangéités des couples de femmes » sur fond d’humour, de dérision et de provocation.

Les héros de «Zokwezo», de la Suissesse Silvia Barreiros et du Congolais Julien Mabiala Bissila qui, confrontés au regard hostile et incompréhensible des autres, vont devoir vivre l’enfer pour donner suite à leur relation amoureuse. L’une est blanche de peau et mère adultère de quatre enfants et, l’autre, noir et homosexuel. Elles vont s’occuper à penser aux autres même s’ils ont tort. « Il en sort, évidemment, une fresque humaine colorée certes, mais d’une solitude intérieure bouleversante », rapporte la critique.

Bien que les pièces soient différentes et diverses, l’on assiste à « des restitutions de paroles, un tour de piste de plusieurs horizons, distrayant et utile pour mieux entrevoir l’avenir. La femme  en est  l’un de ses artisans ».

Parallèlement aux présentations théâtrales, quatre conférences autour des « Paroles de femmes », ont été animées en marge du festival. Des communications articulées autour de «La femme dans le théâtre marocain », « Les Prises de parole au féminin : Enjeux du « je » dans le théâtre maghrébin (algérien ?) et «Sur les traces d’Arianne Mnouchkine…»…

Un hommage a été rendu à Sid Ahmed Agoumi. Né un 5 octobre 1940 à Bologhine, Sid Ahmed Agoumi, de son vrai nom Sid Ahmed Meziane, est un acteur de renom qui a débuté son parcours dans les années 60 au théâtre, au cinéma et à la télévision. Il a également dirigé les théâtres d’Annaba, de Constantine de Tizi-Ouzou. Comme il a fait également un passage à la tête de la Maison de la Culture de Tizi-Ouzou.

Imène Sediki

https://www.facebook.com/

 

About alifa

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *