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Abdelkader BENDAMECHE évoque Sidi Lakhadar Benmakhlouf « le père du Melhoune »

Sidi Lakhadar Benmakhlouf, le père du melhoun conceptualisé et fondé au XVIème siècle.  Ce fondateur du melhoun est né à Mezaghrine (Mostaganem) il a vécu à cheval sur trois siècles, une vie de 125 ans consacrée aux voyages à la quête du savoir et de la connaissance. Abdelkader BENDAAMECHE commissaire général du festival national du melhoun porte une admiration sans faille à Sidi Lakhadar Benmakhlouf. Dans  un entretien qu’il a bien voulu nous accorder, il nous évoque cet Homme hors du commun qu’il qualifie  de sociologue,  d’historien avant la lettre, sans oublier sa dimension soufie et d’ajouter, Sidi Lakhdar Benkhlouf  est d’une dimension immense   de l’Humanité une source de références pour les chercheurs d’aujourd’hui.

Sidi Lakhdar Benkhelouf, le père du melhoun conceptualisé et fondé au XVIème siècle. Ce fondateur de ce genre poétique ancestral est né au sein de la tribu des Ouled khlouf dans les monts du Dahra situés à quelques 50 kms à l’Est de Mostaganem . Il a vécu à cheval sur trois siècles, une vie de 125 ans comptée en années lunaire,consacrée aux voyages à la quête du savoir et de la connaissance, et à l’amour incommensurable porté au Meilleur des hommes le Prophète Mohamed Que le Salut Soit sur Lui

Abdelkader BENDAMECHE Commissaire général du festival national du melhoun institué à Mostaganem en 2013 porte une admiration sans faille à ce monument de l’histoire et de la culture nationale . Dans un entretien qu’il a bien voulu nous accorder, il évoque pour nous, cet homme hors du commun qu’il qualifie de poète mystique, de sociologue, de moudjahed, d’historien avant la lettre, sans oublier sa dimension soufie et d’ajouter, Sidi Lakhdar Benkhelouf est d’une dimension immense de l’humanité, une   source de références pour les chercheurs d’aujourd’hui et les générations futures .

 

Pour les profanes que nous sommes pouvez-vous nous parler du melhoun, on le sait sans le savoir, il fait partie de notre patrimoine culturel c’est de la poésie de la chanson populaire bédouine, c’est quoi au juste ?

C’ est une poésie et genre musical inventé dans notre pays au XVIème siècle par Sidi Lakhdar Benkhlouf  fondateur, créateur de ce type de littérature  ou poésie populaire. On parle de poésie populaire  dès qu’il s’agit de toutes les poésies populaires , el mehoun lui par contre, il se distingue, car c’est une poésie  à tendance religieuse. Il s’est décliné et développé par la suite avec les poètes de Tlemcen (XVI et XVIIeme siècle) avec le hawzi. Ces derniers ont pris  en charge  la poésie populaire sous le prisme ou la ligne de Sidi lakhderBenkhlouf ) ils ont extirpé le religieux en gardant l’architecture et les même codes et formes. Ce genre musical s’est exporté ensuite vers le Maroc avec d’autres poètes qui ont ajoutés des mots.  C’est pourquoi  aujourd’hui, chez nous,  lorsqu’on évoque El Melhoun on  parle de poésie populaire à caractère religieux, au Maroc c’est une mélodie.

Est-ce un genre essentiellement ancré dans l’Ouest de l’Algérie ?

Non nous le retrouvons sur l’ensemble du territoire national, il faut savoir qu’en Algérie il y a des bastions de poésie melhoun, à Biskra, Laghouat, Tiaret, Bechar, Adrar.

Uniquement en province ?

Non pas du tout  dans les grandes médina  Tlemcen Constantine  à Alger également avec notamment Mohamed Bensmaïn , des grands noms qui ont porté le Melhoun. Cette  tradition a été  prise par tous les grands  poètes. Nous avons une seule école dans notre pays  intitulée  El Melhoun. Chaïr El Melhoun s’est imposé après plusieurs étapes.  La première c’était l’klam el maouzoun  ensuite, el qoul (d’où le goual) « celui qui se dit ».  Ce mode s’est développé en K’lam melhoun, ensuite Chaïr El Melhoun pour devenir El Melhoun tout simplement du XVI èmesiècle à ce jour.

Comment les marocains ont adhéré ont fait leur cette poésie melhoun ?

Vous savez, à l’avènement de ce type de poésie avec Sidi Lakhdar Benkhlouf  au XVIème   siècle. Je tiens à vous préciser que ce dernier est un cas particulier pour avoir vécu 125 ans. Une longévité qui lui a permis d’être à cheval sur 3 siècles. Il a été  suivi par El Maghraouiun marocain considéré comme son émule, il l’évoque dans certaines de ses poésies. Il n’est pas le seul, d’autres ont également suivi le père du melhoun. Ils l’ont développé en chaïr el melhoun devenu aujourdhui le fleuron de la poésie marocaine.

Sans internet ni google avec les moyens de l’époque, c’est peu dire de la notoriété de Sidi Lakhdar Benkhlouf !

Absolument, car les poètes se déplaçaient comme leur maitre qui était un grand voyageur en quête de connaissance et de savoir dans le domaine. Sidi Lakhdar Benkhlouf passait des années  à visiter les zaouète, les grands poètes populaires les grands savants pour acquérir les connaissances. A titre indicatif Sidi Lakhdar est parti de Mostaghanem à Tlemcen pour visiter Sidi Boumédienne (XIIème s), spirituellement. C’est la particularité des soufis qui transcendent le temps et l’histoire De cette itinérance il en a fait une grande poésie « el Amana » ou l’Agrément, pour entrer dans le monde Soufi. il y relate  les conditions et le résultat  de cette rencontre, aboutie. Toute cette transcendance se retrouve dans el Amana (men Boumédienne el Ghaoutdjebt el amana, djebthajti m’baadkhemssineaamouana n’senna …..) . voilà  une des facette du grand poète, qui par-delà la rime, exerçait  également le métier d’estafette (sorte de facteur).

Il  distribuait le courrier entre les campagnes et les responsables turcs durant la période de Hassan Pacha ibn Kheirredin, Sidi Lakhdar Benkhlouf qui était à Mostaghanem ( unbeyleck à l’époque) installé à Mazouna non loin de Mostaghanem. Il y avait Ténes, Mascara toutes ces régions où les ottomans s’étaient installés et en sa qualité d’estafette  de l’administration de Mostaghanem, il était appelé à se déplacer jusqu’à Alger (palais du Dey).  Sidi  Lakhdar Benkhlouf est allé jusqu’à Oued Souf, Laghouat avec les moyens de l’époque. D’ailleurs dans sa poésie il dit et trace l’itinéraire de l’armée algérienne  d’Alger à Mostaghanem pour combattre les espagnols en 1558, ( d’Alger vers Mézaghran via Blida, Cherchell Chlef  Relizane Tiaret et Sig.) Mezghran le village historique théâtre de la bataille d’aout 1558 opposant les forces algériennes aux forces espagnoles.  

C’est à nous de retracer aujourd’hui cette voie d’il y a 4 siècles au travers sa poésie.

 En résumé chaÏr el Melhoun c’est aussi la mémoire orale des histoires et scènes de vie en prose ?

Tout à fait on peut le dire car le poète qui fait du melhoun était narrateur qui relatait les évènements marquants, c’était une sorte de chroniqueur l’ancêtre du journaliste. Ce qui fait la force du chaïr el melhoun utilisé par Sidi Lakhdar Benkhlouf c’est qu’il nous rapporte et relate non seulement les évènements dont ils était témoin, il dit son ressenti mais il rapporteaussi toute l’histoire de l’avènement de l’islam. En sa qualité de poète visionnaire, il disait l’avenir, pas dans le sens  de la voyance mais sous le prisme de l’analyse. Il était visionnaire à la manière d’Ibn Khaldoun.  Il a observé et analysé la société ayant vécu 125 ans.

Véritable privilège que cette  longévité qui lui aura permis d’observer les changements sociaux d’une génération à une autre ! en fait comme Ibn Khaldoun qu’il a connu, peut être ?

Les deux hommes ne se sont pas connus mais ils ont fait à peu près les mêmes constats par l’observation. D’ailleurs dans une de ses poésies il dit « yanassya li ma t’qraouch el dj aya » (traduction ô gens qui ne savaient lire les prévisions), dans un autre poème il évoque l’Histoire « r’fetqalbi bi dili men , ouak’tebtelin’dartou fi sdareellouh, N’weri li mou’mine…….ma ya’tiouanri h fi qarne XIV » (voilà ce qui va se passer). Nous  venons de sortir du XIV ème siècle et il s’est passé ce qu’à prédit Sidi Lakhdar Benkhlouf. Toujours dans cette veine il s’est spécialisé dans le DJAFR (il est le plus grand concepteur de ce genre poétique), il y en a eu bien d’autres mais le plus grand reste Sidi Lakhdar Benkhlouf.

Au travers de que vous êtes en train de nous dérouler, nous constatons  toute la force et l’envergure du poète Melhoun et ses possibilités, c’est inouïe ?

Il évoque le passé sa vision du présent, sa propre expérience de sa sortie du XII ème siècle (période qui correspond au siècle des grandes découvertes géostratégiques, avec Christophe Colomb, Magellan) en fin analyste il voyait et anticipait sur l’avenir. c’est un homme d’une dimension immense de l’humanité. Il nous dit comment est le monde Arabe, le Maghreb central, c’est une véritable source de référence  pour les chercheurs d’aujourd’hui.

Le Melhoun ne se limite pas seulement à de belles paroles, mises en poèmes à la magie enchanteresse, il est bien plus, c’est, un riche trésor culturel pour la mémoire universelle, Algérienne d’abord et maghrébine. Son concepteur et précurseur Sidi Lakhdar Benkhlouf  était historien et sociologue avant la lettre. Ses recueils de poésie  et de musique sont aujourd’hui  considérés comme un ouvrage qui parle des péripéties de l’histoire, comme un dictionnaire qui protège la langue dialectale construite sur des modes et des codes  linguistiques locaux puisés du terreau amazigh.

 

 

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